Twitter : on va où ?

Gazouiller, c'est désormais devenu plus qu'une conversation ou une simple relation textuelle ... Twitter est il en passe de sombrer comme MySpace ?

Au début était le verbe. Ce fut, il faut bien le dire, ce qui m'a vraiment séduit dans Twitter.

Cette capacité à remettre les mots en avant, sans devoir passer par la case blogosphère, la liberté de balancer ses idées à une communauté immense.

Un peu comme une petite base de données où envoyer des idées, des pancartes, des réflexions. Devant tout le monde, exactement.

Au départ, le mot à la mode pour qualifier Twitter, c'était le microblogging. Et c'est vrai que c'était exactement ma vision du truc. Du blogging, en macro format et en dilettante !

Car c'était cela la force de Twitter à mes yeux : obtenir un public, une audience numérique, où le poids des mots ferait la différence. Avec du sens, des idées, de l'humour.

Et puis après, tout s'est accéléré.

Les API ou l'industrialisation du tweet

Rapidement, Twitter a trouvé le moyen de susciter tous les gourous du marketing digital en optant pour une stratégie très permissive au niveau des applications tierces.

Cette politique à la cool a permis le développement d'un nombre incalculable d'outils plus ou moins heureux.

Ils vont toutefois souvent dans le même sens : l'automatisation, c'est à dire une forme de déshumanisation du service. A l'exception de certain tools marrants comme Tweet Mashup par exemple !

D'autre part, la mise en place des twittercards a été un palliatif technologique pour intensifier l'aspect visuel de Twitter sur nos écrans. Place à l'image, à fond les ballons !

Une économie de l'attention pleine de guirlandes

Bien que l'idée de Twitter soit de montrer ce qui se passe dans le monde en temps réel, il semble que ça n'ai pas suffit à la plupart de nos contemporains. Qui sont souvent contents pour rien, et parfois grognons pour par un rond.

Bref, pour rendre Twitter plus attractif, il a fallut inventer des mécanismes pour multiplier les notifications. Comme les favoris, qui devinrent plus tard des "likes".

La Facebookisation en marche ...

A partir de là, la porte était ouverte pour glisser doucement d'un outil léger et intuitif avec un concept béton vers une usine à interactions égotiques.

Un coup fatal à mes yeux fut l'arrivée très discrète de la timeline "intelligente" qui vous balance les tweets les plus populaires plutôt que les derniers.

Fini l'actualité brûlante, place au commérage !

Cette irruption des algorithmes dans le fil d'actualité me semble une grossière erreur qui enfonce le clou dans le sens de la pente. Celle qui tire vers le bas, la fameuse intelligence collective que l'on pourrait pourtant soupçonner de paresse intellectuelle à grande échelle.

L'avènement de la vidéo

Après les gifs animés, la vidéo commence doucement à se faire une place de reine dans le paysage des twittos. Les posts vidéo longue durée incluent même parfois une petite dose de pub avant de démarrer, comme sur Youtube.

Mauvais plan du web mercantile, car se cogner une réclame de 30 secondes pour visionner une petite vidéo qui dure à peine deux minutes, c'est cher payé le temps de cerveau disponible !

Les petites vidéos croustillantes comme les clips niais à base de chatons trop mignons commencent à envahir les timelines.

Et une fois de plus, des outils sont rapidement mis en place par des développeurs talentueux. Pour créer des vidéos au format Twitter, ou plus malicieux encore, pour les récupérer directement depuis un tweet précis.

Le site DownloadTwitterVideo permet donc de télécharger une vidéo Twitter facilement, en quelques clics. Au final, vous obtenez un fichier MP4 que vous pouvez lire sur votre smartphone favori ... ou vous pouvez le reposter à votre tour sur Twitter, pour vous la jouer curateur des familles.

Comme pour Facebook, les vidéos natives, embarqués dans Twitter (et non via YouTube) sont autant de visibilité que vous obtenez en plus.

Le snacking content vidéo

Les petites vidéos ou "capsules" de quelques secondes connaissent maintenant un succès monstre sur Twitter, un peu à l'image de Brut, le maître du genre.

Voilà où nous en sommes. Toute cette énergie pour contourner la loi du keep it simple me sidère un peu, comme vous l'aurez deviné.

En l'espace de quelques années, la complication s'est invitée à tous les niveaux de Twitter. En tentant de tenir un discours simpliste pour le public d'un coté, et en implémentant des fonctionnalités en plus de l'autre.

La baisse rapide de l'attention

Utilisée à outrance, certaines pratiques autrefois intéressantes ont très vite trouvés leurs limites sur Twitter.

Les "likes" automatiques, l'ajout dans des listes, les retweets robotisés, sans parler des répondeurs.

Le "mode nuit" est un dernier exemple de la course à la nouveauté dans laquelle Twitter semble perdre son âme.

Quel sera le prochain outil qui aura le courage d'assumer son concept jusqu'au bout ? A suivre !