Objets d'un autre âge

La technologie à visage humain !

La camarade designer Eva Rielland a imaginé une série d'objets high-tech qui font les yeux doux aux seniors, tout en douceur ... Des prototypes qui rendent les nouvelles technologies follement plus chaleureuses aux premiers abords ! Pour causer un brin de ce concept unique : interview !

Qui est Eva Rielland en quelques mots ?

Designer diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design de Saint-Etienne (DNSEP design, BAC+5), je vis et travaille à Paris. A travers mes projets, j’essaie de questionner et d’expérimenter les codes qui régissent notre vie quotidienne.

Quels sont les quatre objets de la série "Objets d’un autre âge" ?

La série « Objets d’un autre âge » fait partie de mon diplôme, avec un deuxième projet et un manifeste. L’ensemble est extrait d’une recherche que je mène depuis quelques années sur le design et le handicap. Il s’agit de démontrer, au travers d’expérimentations, que la déficience peut être source d’innovation et être une valeur positive dans la création d’objet.

Pour « Objets d’un autre âge », je me suis penchée sur la question de la fracture numérique et du vieillissement. Le parti-pris du projet « Objets d’un autre âge » est de repenser les outils technologiques de manière à ce qu’ils soient accessible à tous, notamment aux personnes âgées. La série se compose de quatre objets : le cadre, la boîte aux lettres, le support et l’imprimante. Chacun d’eux est dédié à une action de communication simple : se voir, envoyer et recevoir du courrier, et imprimer. Ils fonctionnent indépendamment mais aussi entre eux.

Le principe général c’est qu’à travers des gestes simples, l’interface virtuelle est minimisée au profit d’une meilleure compréhension du fonctionnement de l’objet.

Comment vous est venue l'idée de réaliser cette série ?

Tout simplement en observant mes ainés et en voyant leur désarrois de ne pas savoir maitriser ces technologies. Pour certains, le fait de ne pas savoir utiliser ces outils (ou plutôt de s’en croire incapable) amène une véritable souffrance, le sentiment d’être dépassé.

Le choix du bois comme matériau de référence donne une dimension plus humaine à la technologie ?

Exactement, j’ai voulu m’éloigner du registre habituel des matériaux utilisés dans la technologie : ceux qui connotent « technique » et « complexité ». Cela passe donc d’abord par un dessin très linaire, mais aussi et surtout, par le choix des matériaux (érable et Corian). Le bois est intéressant pour ses qualités plastiques, il est doux et chaleureux. De plus, au travers du placage, il permet de laisser apparaitre des Leds qui indiquent la réception d’un message ou d’un appel. Globalement, il donne une impression plus humaine et rassurante.

Ces objets ont pour concept d'être des facilitateurs technologiques à destination des seniors ... vous les avez testé en conditions réelles auprès de ce public ?

A chacune des différentes étapes de ce projet (scénarios d’usage, croquis, maquette, etc), j’ai confronté mes idées auprès du public concerné pour les améliorer à chaque fois. Ce sont ces allers-retours constants qui m’ont permis d’aboutir à ce résultat aujourd’hui.

Pensez vous que le web en général et les réseaux sociaux en particulier peuvent lutter contre l'isolement des personnes âgées ?

Quelque soit notre âge ou notre situation, les réseaux sociaux contribuent à lutter contre l’isolement mais ils ne remplacent en aucun cas la présence humaine. Dans le cas des personnes âgées, la présence physique de l’aidant est très importante. A mon sens, on ne peut pas remplacer l’humain par la technologie. Les réseaux sociaux sont un moyen de lutter contre l’isolement mais ce ne sont certainement pas « la » solution. Ils peuvent servir de relais d’information entre la personne âgée, les aidants, et la famille. Le web nous aide dans les taches administratives fastidieuses, les courses, etc. Il est donc nécessaire qu’il soit accessible aux personnes ayant des difficultés de locomotion ou d’autonomie.

La fabrication industrielle de ces objets pour un usage concret vous semble être un horizon proche ou le marché n'est pas encore là ?

Même si on tend vers une abstraction des outils numériques plutôt que vers leur matérialisation, il me semble que le marché en est déjà là. L’être humain a besoin de toucher, de sentir, d’expérimenter pour comprendre. Mes objets sont aisément industrialisables, mais peut être pas en l’état. Il faudrait bien sûr adapter ces concepts à la chaine de production (composants, poids, etc).

Merci ! Plus de photos de la série Objets d'un autre âge en cliquant par ici !