Fargo

Ce n'est pas tous les jours qu'on a rendez-vous avec l'Amérique profonde. Celle où il n'y a pas de buildings à tous les plans. Celle aussi qui vit dans un quotidien sans violences gratuites et loin des clichés survoltés d'une grosse pomme vilainement montrée comme rongée par la cupidité. Fargo, c'est un lieu raconté par un film ...

Un lieu de drame, aussi, de faits divers, de pas très impressionnant certes, mais de bien senti ...

Voilà le cadre de ce film des frères Coen. Il y flotte un parfum particulier, recouvert par des mètres cubes de congères et quelques tasses de remontants. Frances McDormand s'y révèle une commissaire de police gentiment obstinée, maman et touchante à la fois. Son entourage, des gens ordinaires, qui trouvent que décidément l'hiver est rude, cette saison. Son coupable, un pauvre gars vendeur de voitures complètement déphasé et définitivement sur le retour. Un film bourré d'une lenteur émoustillante, car si proche de notre manière réelle de vivre. Tous les clichés de poursuites, agressions et intimidations y sont dépeintes avec un contre-pied ironique qui fait la nique au cinéma spectacle dont Hollywood se gave. Entre drame et comédie, entre nulle part et chez soi, Fargo se pare d'une bande originale toute tissée de cordes assez sublime. On y respire le grand air du Minnesota, un état portraituré par les Coen comme peuplé de gens obsédés par la bouffe et les séries télé débiles.

D'un bout à l'autre du film, l'action est prenante. Très prenante. Grand art si l'on regarde à la réactivité des personnages et des situations. Les rebondissements n'en sont que plus savoureux, comme propulsés par un élan judicieusement pris. Un véritable délice de loufoquerie, de cynisme certainement, d'hymne aux anti-héros de notre temps. Qui sont, sachez-le, des gens tout simplement formidables.