Dans ces bras là

Un livre de Camille Laurens. Un livre blanc constellé de désirs de femmes. Une seule, aux mille visages. Et des hommes, toute une armée, du père au professeur, de l'amant improbable au premier amour. Celui qui dure toujours, pourtant, planant sur toutes les phrases, c'est lui. Qui ? Lui. L'homme. Avec ses manières, ses virilitudes et ses abandons.

Avec sa part de féminité, de rêves, de connerie aussi. Avec un sens de la description lancinante et sensuelle, avec des vibrations partout. Une écriture nerveuse, scandée à tous cris, puis évanescente, attentive ou voyeuse, malaxant les ombres et lumières de récits anodins pour leurs confectionner l'écrin de la folie affective. Sans guimauves, avec une retenue toute nimbée de sensibilité évacuant à grandes allures les risques du romantisme pour toucher au cru de nos amours.

Ces hommes, ou plus malicieusement ses hommes, aux contours rudes ou flous, aux corps rêches ou doux, aux yeux fiers ou fous. Parfois, l'auteur sème le trouble, confondant sa narration avec le déroulement d'une vie parallèle, celle du lecteur, semant l'ambiguïté, avec ce nous, ce lecteur, celui qu'elle désire homme. Elle avoue, parfois. Elle apostrophe, souvent. Car c'est une femme. Et de nous perdre encore dans les volutes de ses expériences, fictions chimériques ou carnet de bal sentimental ? A grappiller ces quelques pages, ces portraits sensibles d'âmes évanouies bien clouées dans une galerie assurément privée, prendre du recul.

Briser enfin les cloisons de nos rôles sexués pour se rendre à une simple évidence brûlant d'urgence les remparts de la société binaire. L'évidence, c'est d'aimer. Probablement une des plus belles déclaration d'amour de ces dernières années littéraires.

photo Dominique Houyet