Radio Tchernobyl : interview

Photo : Radio Tchernobyl : interview

C'est avec mon scaphandre en plomb que j'ai découvert ce site ...

Pendant que le monde médiatique se gave de frasques en tous genre, il y a des sites qui continuent, dans le silence des ondes, à diffuser l'édifiant ... C'est exactement ce que fait Pascal Rueff via Radio Tchernobyl : sa puissance d’émission est sans égal sur Terre. Son autonomie est estimée à quelques millions d’années ... Curieux comme par habitude, j'ai voulu en savoir plus. Donc : interview !

Radio Tchernobyl c'est quoi en quelques mots ?

Le journal de notre relation à Tchernobyl. Une chronique. Un moyen simple de diffusion. C'est aussi une maquette de ce que pourrait être une radio consacrée au nucléaire, pas seulement sur ses aspects technologiques, politiques, économiques (des sites existent), mais surtout sur la place de l'humain dans cette affaire. Une radio consacrée au nucléaire si le nucléaire était un sujet ordinaire. Il ne peut pas l'être et je ne parle de cette façon de l'édulcorer dont abuse ses promoteurs. Je parle d'une chose considérable qui est entrée dans la vie de tous il y a une soixantaine d'années. Qui y est entrée de façon fracassante et puis s'est mise à ronronner, domestiquée semblait-il.

Mais nous n'avons pas réfléchi à ce que nous voulions faire avec cette radio : le parallèle allait de soi avec le rayonnement ionisant et l'existence de cette source à l'air libre dans le nord de l'Ukraine (et du Japon maintenant). En réalité, nous en avons mis partout. Donc, notre postulat est simple : la Terre est contaminée avec des toxiques qui n'existaient pas il y a cent ans, comment faire avec ça ? Il faut commencer par le dire.

Et ça commence par un livre ...

"La supplication", de Svetlana Alexievitch Le livre qui ouvre le XXIème siècle ?

Vous semblez vouloir qualifier votre démarche comme un propos artistique avant tout ... ce n'est pas un peu plus ?

Même pas un "propos artistique" : l'artistique est l'ensemble de moyens que nous employons pour dire ce qui nous arrive là-bas. Nous ne sommes pas des artistes au travail à Tchernobyl : Tchernobyl nous travaille et nous utilisons des moyens sensibles pour en témoigner. La seule part que je revendique, comme "artiste", c'est d'écrire de la poésie et je n'en ai jamais écrit là-bas. C'est un peu contradictoire. C'est surtout révélateur. La poésie est pour moi l'interface et le signe de moments plus denses, plus intenses, au contact du monde. A Tchernobyl, ça ne marche pas : il y a trop de tension, il y a rupture : le monde semble avoir glissé sur un autre plan, plus inaccessible. Quelque chose comme ça. Mais je ne renonce pas...

Vous avez des contacts avec Svetlana Alexievitch ?

Aucun contact direct, non. Je crois savoir qu'elle vit en Allemagne. Il y a quelques polémiques quant à son travail de réécriture, on lui reproche d'avoir fait des amalgames à sa convenance avec différents témoignages parmi ceux qu'elle a récolté. Mais son travail dans la Supplication conserve une vertu majeure, je trouve : celle d'avoir empoigné le monstre par la peau du cou, d'avoir -la première- saisi la dimension mythique de l'évenement. Un mythe vivant inscrit dans notre réalité.

Aujourd'hui l'actualité remet l'indicible au premier plan, sous d'autres latitudes : ça vous inspire quoi ?

L'accident de Tchernobyl devait avoir une valeur exemplaire. Ce devait être une leçon d'humilité. Mais nous sommes pilotés par des personnes déconnectées de l'eau, de l'air, des plantes. Nous flottons à quelques décimètres du sol. Tant d'énergie a été dépensée à nier l'importance de cette catastrophe ! Un peu comme forcer sur l'accélérateur alors que la roue arrière gauche a lâché depuis longtemps. Utiliser l'énergie nucléaire colonise le futur, qui ne nous appartient pas. Les accidents en cours au Japon enfoncent le clou : un pneu vient de lâcher à l'avant, mais l'on continue de se crisper sur le volant. Bon, la métaphore vaut ce qu'elle vaut. Pour nous qui sommes familiers, si l'on veut, de ce qui existe à Tchernobyl, apprendre que ça se reproduisait au Japon a été terrible.

C'est un bien joli nom de domaine ...

J'ai eu la curiosité de regarder si le nom "Fukushima" avait fait l'objet de demandes de nom de domaine. Tout était acté en avril ! Il ne restait que des trucs exotiques. Ca n'a pas traîné. Alors que "tchernobyl" était disponible en .fr quand nous avons créé Radio-Tchernobyl en 2007... Je ne sais pas ce que cette évolution montre. L'acheteur de "fukushima.fr" est anonyme. On peut tout imaginer.

Depuis Fukushima, vous avez ressenti une fébrilité dans les statistiques du site ?

Eh oui... Les gens doivent faire comme moi : fureter, chercher à corréler, comparer les infos, qui s'amenuisent depuis que l'accident est passé en deçà de la Une. Mais il n'y a pas de fil d'actualité sur Radio-Tchernobyl. Ni de commentaires d'ailleurs. C'est plutôt une radio à l'ancienne.

Une citation de victime qui vous a particulièrement marqué ?

"Cauchemar..." dans la bouche d'un Liquidateur, in "Le sacrifice" de Wladimir Tchertkoff (2003). Je suis tenté d'ajouter cette part prise à la fiction : "Doma..." ("maison...") dit le Stalker de Tarkovski quand il arrive dans la Zone après la virée en draisine. Comment peut-on se sentir chez soi là-dedans, ou, disons, mieux que dans le monde ordinaire ? C'est la question que je continue de me poser.

Merci pour ces réponses ! A cliquer : www.tchernobyl.fr
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Auteur : Simon Tripnaux

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2 avis bien tournés

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Très bon interview... merci. a mon avis prochainement la radio sera remplacer par la webradio, puisque tous les appareils seront tous connectés avec internet.

Récupération 

C'est vraiment décalé comme info et surtout très surprenant.

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