Internet : lumière des arts

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A l'heure où les politiques voient dans Internet un lieu de débauche où la créativité serait en perdition, il est bon de remettre les pendules numériques à la bonne heure. Celle de la raison.

Imaginons, une vie que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Soit une vie avant le web. Comme je l'ai connue. Mon parcours personnel m'a mené à suivre une scolarité et des études dans l'étude et l'histoire de l'art. Le patrimoine historique, les questions de place de l'art dans la société, c'est mon dada. Comme le délicieux mouvement du même nom. Aujourd'hui, tout a changé. Et comment ? En mieux, en beaucoup mieux !

Car si l'on veut bien ne pas focaliser que sur les industriels du disque et de la cinématographie de mauvaise qualité qui accaparent l'espace plaintif, on peut mieux voir la réalité. La réalité est simple et frappante. La créativité et l'art se portent merveilleusement bien sur le web. Imaginez, et je n'invente pas, les difficultés qu'il y avait dans les années 90 pour un jeune étudiant des Beaux Arts (par exemple) de montrer son travail au plus grand nombre ... Quelles étaient ses possibilités ? L'exposition de fin d'année ou une expo temporaire une fois l'an ... Des galeristes plutôt frileux toujours prompt à se réfugier dans des valeurs sûres proches de la vision simpliste de l'art contemporain subventionné, celui que le Ministère de la Culture daigne considérer comme de qualité ... Bref, le monde de l'art en proie à un marché de l'esthétique toujours mouvant et pas forcément ouvert. Et des espaces d'expositions vraiment pas extensibles. Et quoi de plus infini que les espaces numériques ?

Nous vous avons ainsi présenté il y a peu dans nos pages le travail de Quentin de Coster. Il est encore étudiant dans une école à Liège. Son œuvre a fait le tour du web. Quand je dis du web, il faut bien entendre la réalité de ce que ça veut dire. Du monde entier. Des centaines d'internautes amateurs d'art ont relayé son œuvre. Des milliers de commentateurs de par le monde, à travers des dizaines de pays. Personne n'aurait pu rêver pareille exposition il y a une dizaine d'années. Mais ce n'est pas tout. Le web ne fait pas que multiplier la visibilité et offrir des nouvelles opportunités. Il va carrément à la rencontre de ceux pour qui l'art n'est pas la tasse de thé à laquelle ils s'abreuvent.

Car aujourd'hui, il y a toujours un blog ou un gars sur Twitter qui sera prêt à partager une image insolite, innovante, belle, ou simplement sensible, à travers la toile. Et c'est exactement ce genre d'images et de représentations que créent les artistes, depuis toujours. Seulement autrefois peu de gens étaient enclins à pousser la porte d'un musée, et moins encore celle d'une galerie, espace marchand où l'art se montre sous son jour commercial. Bref, le nouvel usage participatif des nouvelles technologies ouvre un champs de possibles incroyable à tous ceux qui restaient autrefois dans l'ombre des cimaises. Et ce discours là, dans la sphère médiatique qui se donne la mission de dire ce que fait le web, on ne l'entend pas.

Des milliers de portfolios sont maintenant en ligne, des centaines de milliers d'images, de courts métrages, de nouvelles visions du monde. Nous sommes maintenant dans une gigantesque galerie sans limites, où la seule question des goûts et des couleurs subsiste pour chacun dans son choix d'aimer ou ne pas aimer une oeuvre. Il est devenu possible d'exposer son talent, et en contrepartie de recevoir aussi le désintérêt en pleine poire.

Car il y a aussi un marché tacite sur le web des formes artistiques qui marchent et de celles qui ne marchent pas. Il suffit de se balader sur les blogs graphiques américains pour bien comprendre le phénomène. Il est évident que l'art qui fonctionne sur le web est un art spectaculaire. Soit, pour résumer, populaire. Une oeuvre purement abstraite a peu de chance d'être relayée et de connaître la une de Digg. Par contre, plusieurs bonnes idées qui touchent à certains symboles collectifs, à des valeurs véhiculées par la publicité ou les médias, auront plus de chance d'approcher une grande visibilité.

Que le message soit inconsistant ou au contraire très engagé, le dénominateur commun des oeuvres visuelles qui fonctionnent sur Internet sont en quelque sorte leur capacité à inciter au partage. Ce seront celles qui donnent envie de les envoyer sur son mur Facebook ... pour un jour, pourquoi pas, pousser la porte d'un musée et visiter ainsi les racines de la création actuelle, portée par le génie et le talent de ceux qu'ont pourrait appeler, les artistes post-numériques ...

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Auteur : Simon Tripnaux

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2 avis lumineux

Nicolas 

Ton analyse est d'une limpidité incroyable, le web a développé certaines dérives sur les droits d'auteurs, oui mais au moins il a permis un accès simple et décomplexé à l'Art et la découverte de nouveaux artistes. Nous sommes désormais loin de l'ostracisme des jeunes artistes des galeries...l'oeuvre est ainsi décloisonnée et s'ouvre au plus grand nombre.
Je suis d'ailleurs au pleine création d'une palteforme de mise en avant de l'actualité des galeries parisiennes...

Nico 

Oui mais est ce que tout cela ne dégrade pas un peu les qualités des oeuvres au profit de créations "buzzables" pleines de références aux univers geeks des internautes ? Quant on voit des sites comme Fubiz ou autres qui publient à longueur de pages des concepts qui flirtent avec les gadgets, on est en droit de se demander si l'art n'est pas en train de vendre son âme au web , non ?

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