Je n'ai de cesse de le répéter ici et là : je suis un brin débordé en ce moment et mon activité de papotage numérique par ici s'en fait ressentir : la tenue d'un blog prend du temps ... Et puis parfois il y a des sujets qui finissent par vous hanter. A force de commenter ici et là et de se répéter les mêmes choses, l'envie de partager déboule dans les tripes. Et comme souvent dans ces pages quand j'ai envie de l'ouvrir c'est souvent pour aller à contre-courant d'une idée dominante ou d'un consensus mou. Je m'attaquerai ici à une quasi religion : Wordpress. En tant que développeur PHP d'abord, pour déplorer l'usage de l'expression développeur Wordpress qui dénote d'une inculture et d'une soumission au culte du suivisme sans partage. Même si l'idée d'embaucher un jardinier Husqvarna pour tailler ma haie me fait sourire, le concept même de laisser une stratégie web entière aux mains d'un CMS unique sans plus de discernement m'effraie à plus d'un titre. Et au premier chef, c'est l'axe référencement qui m'interpelle le plus, comme de bien entendu ...

D'un tempérament plutôt placide quand on ne me cherche pas, cette petite poussée verbeuse me vient de la lecture du billet Histoire de référencement d’un site Internet (SEO WordPress) dont le titre en lui seul est déjà tout un poème ... Je devrais même dire : une ode à WP ; il suffit de lire l'exergue Propulsé évidemment par WordPress dans le footer pour s'en persuader : l'évidence et le bonheur est donc dans wépé ... à moins que.

Le principe des templates semble séduisant pour l'internaute lambda : un minimum de personnalisation graphique suffit à lancer un site web. Pourtant, il s'agit en réalité et bien trop souvent d'une déclinaison d'un moule déjà installé des milliers de fois sur le web. Évidemment il existe des agences web et des graphistes qui poussent la personnalisation un peu plus loin. Mais tout de même : les plugins dits "SEO" qui utilisent tous les mêmes écritures d'urls, les commentaires dans le code identiques, l'architecture des discussions, des fils RSS, des bas de pages, les empruntes HTML trop évidentes démontrent avant tout le souci d'en faire le moins possible pour le moins cher. C'est une économie de moyen substantielle comparée au prix d'un développement spécifique, personnalisé et donc adapté au profil de vos visiteurs. Mais quand les clients que je ramasse à la petite cuillère se demandent comment se peut-il qu'ils soient si mal positionnés alors qu'ils "ont installé Wordpress" et fait tout bien comme il faut ... je n'hésite pas à remettre en question l'optimisation de leur joli thème si rutilant de CSS bien ordonné : il est temps de se démarquer des autres ! Le web est un peu plus qu'un simple tuyau déversant son flux de marchandises sur les internautes. On peut y mettre les formes : c'est ce que font tous les marchands qui réussissent.

Comprenons nous bien : le système de gestion de contenus via Wordpress est bien l'un des plus aboutis de la communauté opensource ; c'est un fait. Il permet donc un vrai gain de temps qu'il ne faudrait pas prendre pour un permis de bâcler. Une autre plateforme qui connaît actuellement le même travers dans le domaine du e-commerce : Prestashop qui brasse ainsi des centaines de boutiques dont l'aspect visuel cloné se reconnaît à l'oeil nu : seuls les logos et les produits changent. Dans l'optique d'une démarche marketing volontaire, comment peut-on imaginer séduire des acheteurs sans accorder le moindre effort ? Si vous avez entendu parler de l'expérience utilisateur vous conviendrez que pour marquer les esprits l'importance d'une interface et d'une interaction innovante est primordiale.

Détecter un WP est probablement une chose très facile pour les algorithmes de Google : beaucoup de référenceurs avancent d'ailleurs l'idée que la popularité du CMS joue clairement en défaveur de nombreux sites parasites qui adoptent ce profil par facilité : une bouillie de contenus moulinés pour les robots est souvent servie dans un grand bol WP ! Et si le thème que vous aviez précisément choisi sur catalogue ressemble en tous points à ces squatteurs numériques que personne ne veut lire ? Est-ce une bonne chose ? Il me semble que la manière dont le HTML est généré sur un site web compte grandement dans les indices de confiance que Google accorde aux sites web. Le principe de base est simple à se figurer : de la même manière qu'une rédaction soignée et naturelle est une marque d'engagement forte, un site personnalisé avec des fonctionnalités distinctes, un webdesign avec une identité tant graphique que technique sont très certainement des marqueurs favorables. Il existe d'ailleurs des schémas de données comme les métadatas pour structurer un contenu de manière à les organiser. Ces démarches servent précisément à permettre la créativité : le contenu se distingue du contenant : vous pouvez dès lors laissez libre cours à votre imagination. L'arrivée de l'attribut nofollow dans la sphère des apprentis référenceurs du samedi soir fut à ce titre un moment savoureux où l'on a vu se développer des plugins Wordpress pour gérer ces seuls changements. Un tel attirail pour si peu de choses pourrait faire sourire les développeurs si cela ne démontrait pas à quel point la surcouche du CMS masque la réalité même du fonctionnement du web.

La part la plus agaçante de cette duperie généralisée est qu'elle induit des automatismes et des comportements basiques dans la tête des gens. L'axiome Wordpress = SEO devient proéminent. Mon rôle de consultant passant grandement par le conseil, je ne peux m'empêcher de remettre les pendules à l'heure avec mes interlocuteurs. Non, installer WP ne garanti pas d'être bien placé sur Google. Ce serait trop facile, et trop con aussi.

A première comme à seconde lecture, on pourrait penser bien vite que je cherche ici à troller gentiment : j'ai même conscience que certains spécialistes Wordpress proclamés pourraient même y voir une attaque personnelle. Il est pourtant fréquent que leur CMS favori ne réponde pas à toutes les attentes de mes clients qui cherchent des développements spécifiques qui sortent un peu des sentiers battus. Bien des activités, par exemple, ne peuvent pas s'adapter de force au format d'un blog : la souplesse passera ici par quelques adaptations au cas par cas. Il faut donc replacer chacun à sa place : WP est un outil précieux qui demande une part de questionnement à chaque étape d'une initiative numérique : il n'est pas la solution clé en main que certains veulent faire croire. La gratuité affichée de certaines solutions proposées par la communauté opensource est une des plus grandes forces du crowdsourcing numérique dans lequel nous évoluons tous. Exploiter cette richesse intelligemment consiste donc à enrichir ces bases pour apporter sa pierre à l'édifice. Pour un web à mille visages et mille usages ...