De nouvelles en romans évoquant la perfidie de vies bourgeoises et banales, l'alcool et la vitesse, le néant des amours désabusés, les personnages de Sagan sont conscients d'avoir vécu depuis toujours dans un monde de malhonnêteté et d'ennui et ne se retournent jamais sur leur passé.

Pendant ce temps, Françoise consomme sans modération des drogues, et consume sa propre vie en cumulant les condamnations à la prison avec sursis ou non et à quelques amendes pour usage et possession de cocaïne. Elle cumule accident de la route et incident respiratoire...

Proche de François Mitterrand, elle sait s'entourer de quelques têtes pensantes même si elle même, est en train de perdre la sienne. Biographies, pièces de théâtres, dialogues du film Landru de Claude Chabrol, rédactrice au Nouvel Observateur et même reporter de découvertes, Françoise Quoirez alias Françoise Sagan ( pseudonyme choisi dans une œuvre de Proust ) nous aura laissé quelques ouvrages retraçant plus ou moins le parcours chaotique mais toujours curieux qu'était sa vie. Elle s'éteindra le 24 septembre 2004 à l'hôpital de Honfleur (Calvados) d'une embolie pulmonaire.

Le personnage filou et mystique qu'elle représentait à travers ses interviews dispensait visiblement et cela depuis quelques années les critiques de prendre réellement connaissance de ses écrits. Françoise bâclait son travail et ne s'en cachait pas. Elle aurait sans aucun doute pu nous livrer quelques véritables merveilles.

A la place de cela, il y a Matthieu, architecte de quarante ans, beau gosse, marié, et cumulant les maîtresses. Ce dernier dépité par la nouvelle qui vient de s'abattre sur son devenir, décide d'honorer les femmes qui ont peuplé son existence. Le diagnostic est sans appel Matthieu Cazavel ne sera plus de ce monde dans moins de six mois. Les multiples radios de ses poumons en font foi. Le suspense aurait été à son comble si à la page 15, une maladresse digne d'une débutante n'était pas venu gâcher l'émotion qui venait juste de s'installer.

« Plus tard, Matthieu se reprocherait d'avoir pensé à ses parents disparus plus qu'à ses femmes, toujours là. »

Je laisserais donc les futurs lecteurs en juger par eux même, car qui suis-je pour dénigrer un tel auteur ? A vous de deviner la suite, ou de vous laisser porter sans véritablement vous pencher sur la signification des mots.

C'est donc, me semble t-il, avec un peu de lassitude que ce roman fut écrit du bout d'une plume distante et sans recul, parsemée de multiples points d'exclamation, de majuscules comme pour accentuer un défaut de puissance des termes et surtout de naïveté convenue. Melle Sagan, brillantissime écrivain, personnalité et artiste à part entière , devint donc au fil des années une romancière au vocabulaire pauvre et ne pensant plus qu'au tiroir caisse.

Françoise, fille d'industriels aisés, avait, fut un temps, publié son premier roman, Bonjour tristesse en 1954, à l'âge de 18 ans. Ses thèmes favoris étaient la vie facile, les voitures rapides, les villas bourgeoises, le soleil, un mélange d'impudence, de concupiscence, d'agnosticisme et de fainéantise.

Peut-être que ses thèmes avaient finis par l'envahir ?

Un chagrin de passage, de Françoise Sagan