L'idée de ce billet ne m'est pas venue du ciel ; il s'agit de ma contribution au Blog Action Day 2012 qui a pour thématique cette année "le pouvoir de la communauté" numérique. Ou peut être devrait-on dire : la puissance ; de power of We ... Je me suis donc permis de comprendre, selon la traduction anglaise approximative de ce leitmotiv, que l'on parle ici des gens, vous et moi, réunis par les liens numériques des Internets ; le pouvoir que l'on peut avoir sur les choses et la société en s'unissant dans un même but.

Il est donc question de causer des biens chouettes phénomènes où les gens se mettent en marche, ensemble, pour faire quelque chose de bien. Des actes citoyens sont désormais facilités par le web : se rassembler, débattre, donner son point de vue. Lancer un appel, un manifeste, ou même une pétition en ligne ! Il y a eu les forums autrefois pour ça, et plus avant encore les newsgroups ; maintenant ce sont les réseaux sociaux.

Entre les temps reculés de l'ère cybernétique et le social à toutes les sauces s'est glissé un âge dans lequel surnage une espèce en voie d'évolution : le blogueur. La réalité même du projet Blog Action Day est une démonstration de la puissance de la blogosphère : faire penser et parler des milliers de gens à travers le monde sur un thème choisi. Un brainstorming éditorial ultime qu'aucune rédaction ne saurait jamais mettre en place. Les blogs comme vecteur de pensées multiples prompts à élever le débat. Oui : je fais dans le grandiloquent, c'est nettement plus exaltant, non ?

Revenons à l'état de l'art actuel : l'internaute lambda partage ses avis et petites pensées du quotidien via les réseaux sociaux, Facebook loin devant. Des tas d'outils plus ou moins pertinents qui donnent la parole pour repaître des bases de données grassement repues d’initiatives en tous genres. La dispersion des voix se dilue en réalité pas mal dans le nombre grandissant de services 2.0 qui offrent la possibilité d'ajouter son grain de sel à la marche du monde. Au delà de ce constat un brin défaitiste, que peut-on aujourd'hui retenir comme progression sociale amenée par le web ? Quel est la réalité tangible de ce pouvoir ?

Puissance ou pouvoir : un bilan positif ?

Il y a d'abord le monde du logiciel libre : des réalisations bénévoles où d'immenses communautés de développeurs mettent en commun leurs intelligences pour améliorer des créations utiles à tous. C'est l’œuvre de la Fondation Mozilla par exemple, avec son navigateur Firefox qui trône sur bien des écrans comme porte d'entrée sur le web. Son téléchargement est gratuit, les mises à niveau fréquente, et son ingénierie pousse également ses concurrents à innover. Le monde informatique s'améliore donc grandement au contact de ces initiatives qui tirent le niveau par le haut. Comment proposer un logiciel payant qui aurait des qualités moindres qu'un autre qui est gratuit ?

Dans le domaine de l'information alternative on peut noter que les avancées sont importantes aussi ; les blogs politiques ont pris la place des plus obscurs fanzines et toutes les formes de contestations sont facilitées. Cela dit c'est à mes yeux un échec global dans la mesure où les grands médias dominent encore dans les conversations. Même sur Twitter, on commente plus souvent les émissions télé que les billets de blogs : il y a même des livetweets édifiants lors des soirées de débats télévisés. La diversité des opinions a probablement progressé dans le sens d'une plus grande pluralité tout de même, mais ce n'est pas flagrant au vu du conformisme ambiant sur Facebook, entre autres. J'ai même lu tout récemment un commentateur qui comparait le réseau social à TF1 en soulignant le nivellement par le bas que les deux acteurs opèrent dans notre société. Heureusement que la blogosphère est toujours vivante, en somme.

Pour ce qui est de la diffusion de la création il me semble que la communauté des internautes a beaucoup fait pour faire avancer les choses. Chacun à sa manière, sur Facebook ou sur les blogs, partage de temps à autres une photo, une œuvre d'art, une création inédite. La démocratisation des arts visuels semble donc plutôt une réussite du peuple numérique. Plus accessibles, les artistes sont enfin regardés plutôt que soigneusement reclus dans la poussière des musées.

On notera ensuite les projets collaboratifs en tous genres, dont Wikipedia est un des emblèmes les plus visibles. Il y a aussi un bon lot de détracteurs suggérant l'idée que l'encyclopédie n'est pas tout à fait exacte ... les experts y sont bénévoles, libres, et la modération quelque peu fantaisiste. On y trouve donc du très bon et du moins qualitatif, aussi, sans la moindre distinction de qualité. Le niveau de lecture est le même, celui d'une source de savoirs à vocation encyclopédique. Et ce n'est pas rien !

Dans un autre registre il y a aussi le concept de l'économie collaborative comme Ulule qui permet à des projets d'aboutir en faisant appel aux dons de la communautés des internautes. Ainsi des musiciens peuvent lancer leur album seuls, sans passer par la très lourdingue industrie musicale qui s'agrippe à ses restes : la création peut maintenant bénéficier de financements en adéquation avec la demande du public. On peut se prendre à rêver qu'à terme les œuvres seront le fruit d'une véritable osmose avec l'attente collective plutôt que le triste résultat d'un matraquage médiatique qui fit les heures de gloires de chanteurs nuls à souhait. Encore une belle avancée en vue, donc.

On pourra aussi évoquer les initiatives de relais en tous genres sur Twitter pour les printemps érables, arabes et autres mouvements sociaux. On à quel point ils peuvent aider à faire circuler une information, surtout au delà des frontières. Là où elle n'est pas censé filtrer. C'est aussi l'usage de plus en plus intense des smartphones comme outils de citoyens reporters toujours prêts à diffuser tout ce qui se passe sous leurs yeux. Les vieux médias historiques exploitent d'ailleurs désormais ce filon sans vergogne et il n'est plus rare de voir des vidéos Youtube au beau milieu d'un journal télévisé. Il n'y a décidément pas de petites économies !

Et maintenant, ça avance ?

La question à se poser maintenant, après une demie décennie environ à utiliser Facebook, dix bonnes années à lire les blogs, autant de temps à choisir et sélectionner ses informations via nos écrans : est-ce que c'est mieux qu'autrefois ? Bon, certaines générations d'entre mes gentils lecteurs n'ont peut être pas connu cette époque fastidieuse où Internet n'existait pas encore. Les usages en tant qu'acteur (producteur de contenus par exemple) sont en progression en comparaison aux temps jadis : il est plus facile d'ouvrir un blog que de publier une gazette en vrai papier à agrafer soi-même. La blogo tient ainsi le haut du pavé pendant quelques années, de 2006 à 2010 environ ...

Cela dit depuis que l'équipement s'est étendu à une grande majorité des gens, on constate un certain sommeil et une fainéantise de bon aloi. C'est la nature humaine d'aller naturellement vers la facilité : bon nombre de blogueurs jettent l'éponge et passent aux réseaux sociaux. Ils délèguent ainsi une bonne part de leur visibilité et se diluent dans l'infobésité ambiante de beaucoup d'autres. Même les commentaires sont réduits au silence à travers la pauvreté des interactions proposés : J'aime ou rien d'autre. Le bombardement intensif d'infos en tous genres, de buzz éphémères et photos édifiantes est en train de changer la donne. Jusqu'à la prochaine étape ?

Et vous, quels sont les progrès que vous avez noté dans l'usage et les pratiques des nouvelles technologies ?