Inspiré de faits réels, Memories of murder raconte donc l'enquête chaotique et névrotique de policiers un brin rustiques à la recherche d'un tueur en série. Le premier du genre en Corée, du genre à tuer certes, mais selon une série quasi prévisible de victimes. Un classique du genre donc, sauf que dans le film la police patauge sévère avec un réalisme poignant. Et que les indices ne parlent pas, les scènes du crime sont piétinées par des buffles et des tracteurs, les villageois sont tous plus ou moins barrés. Les flics fabriquent des coupables à tour de bras, la presse leur colle les basques, les remous brouillent les pistes pour n'aboutir à rien. Bref, ça patauge dans la boue des rizières.

Finement balancé, le film joue dans les différents registres tout en conservant une couleur noire polar bien caractéristique du genre. Genre qu'on aurait d'ailleurs mal imaginé si bien tourné dans un contexte asiatique. Coups de colère et de poings, pétards rouillés, planques, clopes et pluies torrentielles sont au rendez-vous. Avec les inévitables autopsies et les réunions des enquêteurs, les interrogatoires sont des moments savoureux du film, fréquents et virant dans les pires exagérations. Burlesque aussi, les appels désespérés à la magie noire pour élucider l'enquête. Une situation bien réelle pourtant, celle de la police Coréenne des années quatre-vingt, sous-équipée et impuissante face à un crime organisé.

Faits réels tragiques... Et probablement film tragique, mais surtout satirique. L'incapacité d'avancer sur une piste valable rend le film bien plus audacieux qu'un simple polar où l'énigme serait bien ficelée. Ici ce sont les divagations de la police, des médias, des habitants, qui font le jeu entier de ce qui se trame. L'histoire de Memories of murder est inspirée de faits réels, qui se sont déroulés entre 1986 et 1991. Le premier Serial Killer de toute l'histoire de la Corée viola et assassinat dix femmes, dans un rayon de deux kilomètres. La plus âgée des victimes avait 71 ans. La plus jeune était une écolière de 13 ans. Le meurtrier n'a jamais laissé d'indices derrière lui. C'est un des éléments repris dans le film qui permet à l'imagination débridée de chacun de faire électriser l'ambiance. Plus de 3000 suspects furent interrogés et au final, plus de 300 000 policiers ont été mobilisés pour l'enquête. Personne ne fut jamais inculpé pour ces crimes. En cherchant bien pourtant et en parcourant le film à toute allure, on retrouve un coupable. La question étant : est-ce le bon ?

Réalisé par Joon-ho Bong Avec Kang-ho Song, Kim Sang-kyung, Hee-Bong Byun