La normalité ne fait pas de place au malheur. Huxley aurait-t-il lu Ivan Petrovitch Pavlov ? Sans aucun doute, il s'en est même inspiré brillamment.

L'amour est jugé comme obscène et la procréation contrôlée s'effectue en cuves au Centre d'Incubation et de Conditionnement. Les naissances sont contrôlées scientifiquement et biologiquement, elles sont planifiées selon les besoins de la collectivité. L'éducation entièrement étatique se limite à un conditionnement très rigide, programme génétiquement poussé selon le devenir et le futur rôle de ses prochains adultes ainsi que leur appartenance définitive à une classe ou caste cohabitant ensemble en toute harmonie. La bokanovskivisation ou clonage régit le devenir de l'humanité. La dose d'oxygène administrée pendant le programme détermine, entre autres, les capacités de chacun. Le premier organe touché est le cerveau, suivit du squelette, tout un art...

Quant à Bernard qui pense, souffre, refuse le Soma et rêve de libertés : d'aimer, de penser, de souffrir, et de choisir en paix, nous pourrions l'identifier à Candide de Voltaire qui proclame: « Si c'est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ? »

Le Meilleur des mondes dénonce les dégâts de l'utopie en tant que conceptualisation erronée et tyrannique. L'exergue de Nicolas Berdiaeff introduisant l'ouvrage démonte l'utopie et invite les bons pensants à l'éviter pour échapper au piège idéologique qu'elle tend. Ne devient-on pas homme au fil des années ? La course aux progrès pourrait peut être un jour anéantir ce devenir. A nous d'y réfléchir.

Aldous Léonard Huxley est l'auteur de 47 livres. Il est notamment l'auteur d'un excellent essai sur l'environnement qui a beaucoup induit les mouvements écologistes et pacifistes que nous connaissons aujourd'hui. Provocateur de la culture et de la société du vingtième siècle, Aldous Huxley, né le 26 juillet 1894 d'une famille de l'élite intellectuelle britannique, (père biologiste, oncle et tante littéraires) nous livrera le meilleur des mondes en 1932 après avoir fait partiellement le tour de notre monde en compagnie de son épouse et de son enfant. Ce roman dystopique, écrit en quatre petits mois, et cela bien avant la seconde guerre mondiale et le totalitarisme des dictatures Hitlérienne ou Stalinienne dévisage et envisage une humanité galopant vers un chaos empli de progrès technologiques menant tout droit l'Homme ou ce qui l'en reste, vers sa déchéance. A la suite de ce livre, L'auteur deviendra scénariste à Hollywood: un peu le Michael Moore de l'époque!