La société marchande a réussi à faire passer le temps libre pour les loisirs, où tout se paye, et la possibilité de créer ou faire quelque chose pour un acte de ringardisme déplacé. Le travail fourni (à la fac, au lycée, au boulot...) est devenu prétexte à ne rien faire de son temps libre, comme pour mieux l'opposer au domaine de l'effort et de la production, dont on nous fait croire qu'il n'est que souffrances. Mais la société des loisirs est comme une pute que l'on préfère payer plutôt que séduire : le passeport pour ne pas sombrer dans l'ennui ayant été remplacé par l'argent, par spéculation des vendeurs, et fainéantise des consommateurs, ce sont évidemment les plus pauvres qui en pâtissent. Ce sont également eux, victimes du chômage (mais les jeunes également), qui disposent du plus de temps libre, et donc des tentations les plus fortes envers les produits de loisirs.

Produits qu'ils ne peuvent atteindre financièrement et qui sont de plus en plus présentés par les marchands comme le minima du bonheur en cette terre : voyages à l'étranger, boîtes de nuit, voitures de rêve... La frustration est grande et baignée d'une injustice évidente puisque la société du moindre effort et du tout confort ne peut plus envisager une vie sans : sans portable, sans aller à la plage, sans sorties en boîte. Plus accessible financièrement, la culture, la connaissance, les arts exigent des efforts. Le temps libre nouvelle formule a pris une toute autre signification : le rejet de toute contrainte. ( y compris pour faire la fête, où on se contente de plus en plus de l'équation musique/bruit + alcool, quand ce n'est pas alcool tout seul...)

Le danger est d'autant plus important qu'on s'habitue vite à être simple spectateur de la vie. Pour ressembler à ceux qui font les choses, il suffit juste de copier leurs apparences extérieures ; si tel chanteur ou artiste s'habille comme cela, adhérer à ses idées, donc à son travail, est devenu acheter les mêmes fringues que lui. La mode n'est qu'une illusion d'existence normalisée par les fanatiques impuissants. Pour ne plus gaspiller votre temps libre à consommer les prothèses des vendeurs en tous genres, consultez " Le temps libre contre la société " de Daniel Mothé, édition Desclée De Brouwer, puis jetez le, renoncez à " passer votre temps ", et commencez à " faire " votre vie. Comme le disent si bien les marchands : Just do it.