Pas de pseudo pour ce français gadjo d'origine italienne « Stéphane Sanseverino » à ne pas confondre avec la boisson aigre San Pellegrino qui a choisi la musique tzigane pour unique choix. Son père, chef de chantier, itinérant toutes les trois années, vagabondait à travers le monde pour travailler et toute la petite famille suivait, ce qui lui a donné ce goût très particulier pour la vie nomade. Il a découvert la musique tout seul, à 20 ans. Ah ! Quand on a des parents qui chantent exclusivement dans la voiture et de surcroît « certainement plus mal que les autres » nous confesse t il ...

Comment s'organise une journée à la Sanseverino ?

J'ai des enfants et je suis séparé, quand je les ai avec moi, j'essaye de ne pas travailler ou je vais les chercher à l'école à la fin du travail et puis comme tous les papas, je leur fais un repas. J'essaye de créer en peu de temps, un univers chaleureux et sympa, fait de câlins. Je ne les vois pas beaucoup à cause de mon métier parce que je suis sans arrêt sur la route, les moments où je suis avec eux, je n'ai pas intérêt à en profiter comme des produits et lorsque l'on se voit tous les soirs de la semaine il faut que chaque soir soit magnifique. Pas de télé, des bouquins, et plein de choses belles, je cherche la construction.

Est-ce que le showbiz vous a changé ?

C'est le regard des autres qui change, moi je n'ai pas tellement changé. Je travaille beaucoup, je suis super occupé, j'ai changé dans le sens où je suis plus fatigué qu'avant. La première partie de la tournée : c'est 80 concerts, des interviews téléphoniques constamment, du coup ça peut virer au cauchemar, parce que je ne peux même plus téléphoner à ma copine ou à mes enfants. J'ai dépassé la limite du surmenage, maintenant je vis avec, c'est un état permanent.

Comment gérez vous toute cette mouvance ?


C'est un énorme bordel sympathique, il n'y a jamais une semaine pareille, je suis débordé, toujours au téléphone. C'est le parcours du combattant, il faut trouver un lavomatic pour les chemises qui puent la mort pour le lendemain, soit c'est génial, soit c'est pénible. Mais de toute façon c'est trop... Il faut trouver son petit confort dans chaque endroit et c'est souvent pas possible. Aujourd'hui, je suis en Suisse et j'ai oublié mon passeport qui était dans une autre valise. J'ai tellement de trucs à faire que j'en oublie l'essentiel. C'est beaucoup plus compliqué que de partir en vacances, les gens s'imaginent que c'est une partie de plaisir parce que l'on fait un métier sympa, mais voila...

Arrivez-vous à vous poser de temps en temps ?

Un peu comme un boulot ordinaire, je pose mes vacances, trois à quatre jours par an. Mais je suis tout de même content car à une époque je rêvais de faire ça, donc maintenant je ne vais pas cracher dans la soupe.

Avez-vous une devise ?

Je fais partie des gens qui sont pour le partage du temps de travail et le partage de tout ce qui est agréable.

Vous reste t-il des rêves à réaliser ?

Des rêves de vacances, j'emmènerais bien mes enfants en Afrique ou en voyage, je les emmènerais bien voir des trucs très « roots », mais mes filles n'ont que six et huit ans. L'Afrique, j'adore, et la Chine m'attire mais je n'y suis encore jamais allé. Dans les voyages, la première semaine est tellement riche en événements, en odeurs, en couleurs, en sensations, et en changements de températures, qu'il faut découvrir tout cela. La suisse est magnifique, mais bon... Enfin, je profite de chaque paysage, mes interviews se font à l'extérieur, comme sur cette écluse... c'est beau !

Etes vous resté proche des gens ?

Oui, pendant la tournée je rencontre plein de gens, manageurs, tourneurs, musicos...

Je vous parlais de votre public, voire des passants, des gens dont vous parlez dans vos chansons, nous quoi...

Les gens du public le soir ? Moi je suis désolé d'être le centre d'intérêt et que tout le monde me tombe dessus, je rêve d'une discussion partagée, 50/50 sur la présentation de chacun, un gars ou une fille sympa, un véritable échange, où je pourrais enfin m'intéresser à l'autre. Ca fait longtemps que je n'ai pas dîné avec une personne que je ne connais pas. Avoir fait de son métier sa passion, il arrive un moment où tu es saturé et c'est trop. J'en ai ras le bol de parler de moi 24 h sur 24.

Avez-vous d'autres passions ?

J'aime bien retaper mon appartement, acheter des tapis, et faire la cuisine. Recevoir des copains et leur faire découvrir de nouvelles saveurs. Mon premier métier, c'est cuisinier. Mon plus grand plaisir, c'est d'inventer des trucs. En allant faire le marché, j'aime ne pas savoir ce que je vais faire à manger et mélanger des épices faussement marocaines. Partager ma création entre amis, parler de ces produits là et des différents voyages au Maroc qu'évoquent les épices que je mets dedans.

Si vous deviez vous investir pour une cause, quelle serait-elle ?

La paix dans le monde, les grandes causes et puis je rêve qu'un jour l'exclusion s'arrête. Si je peux participer en prêtant mon nom ou en participant à un concert, j'y vais.

Dans une de vos chansons vous dénoncez les corridas et le nazisme, pouvez vous en dire plus ?

Il existe une corrida au Portugal qui se déroule exactement comme en Espagne, sauf qu'à la fin, il n'y a pas de tuerie. Il existe dans un village andalou, un lâcher de cheval où tous les gens du village sont armés d'un couteau et le but de l'opération est de couper les oreilles des chevaux, c'est atroce, on pourrait croire que c'est médiéval, et pourtant ... Je ne supporte déjà pas les animaux en cage dans les cirques, on a tous la possibilité de visionner le plus beau des animaux sauvages sur un DVD. Quant aux nazisme, c'est toujours un peu présent, aujourd'hui, c'est de plus en plus dur d'être juif et puis c'est toujours l'exclusion en permanence.

Alors aujourd'hui qu'est ce qu'il vous manque ?

Ce qu'il me manque, c'est une femme, je veux faire des enfants...

Si vous deviez choisir un écrivain et un cinéaste.

Jean Giono et tous les Truffaut sans aucun doute.

Stéphane, satisfait de l'interview, m'a confié que pour une fois, il s'était un peu lâché car parler de sa vie privée, ce n'était pas vraiment son truc. Pendant notre entretien, son téléphone a sonné de multiples fois, on comprend mieux la raison pour laquelle, Stéphane, 42 ans, tient le discours d'un homme d'affaires surmené.