Emilie Simon bonjour, Quand on passe trois ans à paufiner un album comme celui là, à y mettre tout son univers, est-ce qu'au final ça ne forme pas un autoportrait, est ce que cet album c'est vous ?

Biensûr c'est moi. J'ai passé beaucoup de temps sur les grandes lignes et les détails jusqu'à ce que l'album soit terminé. Et quand on met autant de coeur et autant de temps et de bonne volonté, c'est forcément un reflet de soi-même. On essaye de mettre le meilleur de soi dedans.

Trois ans de travail en solitaire, et aujourd'hui une tournée. Comment est-ce qu'on passe de l'idée d'une musique extrêmement maîtrisée à une musique où vous allez un peu vous auto-interpréter, où vous allez devoir faire une place à l'improvisation ?

C'est pas les mêmes axes de travail. Il y en a un qui est vraiment sur la précision, sur le timbre, et tout ça. Les concerts c'est plus axé sur l'énergie, la communication et l'émotion. Ca veut pas dire qu'il n'y en a pas dans le disque mais c'est plus axé sur ces principes là. C'est comme ça que je le vois en tous cas.

Ce disque au départ, si on regarde trois ans en arrière, c'était une idée bien établie ? Un projet ?

Ca a jamais été des MP3 ou des fichiers sur un disque dur, ça a toujours été des chansons. J'ai toujours écrit des chansons. Et je les ai mises sur ordinateur pour pouvoir au départ faire mes maquettes. Et prendre de la distance par rapport à ce que je faisais. C'était vraiment pour moi. Et en les mettant sur ordinateur, j'ai découvert tout un univers que je ne soupçonnais pas. Là je suis rentrée dans la programmation, la production. Et au fur et à mesure des années, j'ai eu envie d'aller au bout de ces idées là.

Comment jonglez-vous entre vos textes et votre musique si particulière ?

En fait je sépare pas tout ça. Ca fait partie d'un tout pour moi. Une idée positive, cohérente, au niveau d'une mélodie, va m'amener à des textes et des sonorités, des arrangements qui vont être cohérents avec cette mélodie. Si tout se fait d'une manière harmonieuse, y'a pas de limites et pas de barrières. C'est des étapes en fait, plus que des barrières. Je sépare pas en fait.

Vous avez déclaré avoir un petit coté dark, sombre, c'est pourtant un disque doux, sensible, non ?

Beaucoup de gens voient beaucoup de mélancolie dans l'album. C'est vrai qu'il est doux. Il est fait plutôt en finesse et en douceur. Maintenant, Graine d'étoiles est pas spécialement gai. Quand je dis dark c'est un amour pour la lourdeur aussi des rythmiques, tout ça.

Vous avez votre laboratoire sonore personnel, votre manière de travailler, vous êtes quelqu'un qui trouve ou quelqu'un qui cherche ?

Quelqu'un qui cherche. C'est à dire que rien n'est jamais acquis. J'essaye de trouver à chaque chanson une personnalité, une atmosphère spéciale, de jamais tomber dans la redite. Tout en gardant mon identité biensûr. Le plus important, ce qui me fais écrire des chansons, c'est cette curiosité de ce que ça va donner finalement, comment elle va être. Comment elle va se débrouiller, comment la programmation va mettre en valeur tel ou tel élément, et j'ai une manière différente à chaque fois. Essayer dumoins de coller à chaque morceau son petit costume et sa petite planète. A partir du moment où on arrête de chercher je ne pense pas que ce soit très intéressant de continuer à faire des morceaux finalement. Ce qui est intéressant c'est de pousser toujours un petit peu plus loin, essayer de voir dans quel endroit on n'a pas essayé d'aller explorer quelque chose.

C'est l'outil technique qui vous permet de mettre en musique votre imaginaire ou alors la technique vous apporte parfois des surprises ?

La technique est là en tant qu'instrument. J'utilise l'ordinateur comme certains utiliseraient une guitare. Je compose et programme sur ordinateur, dans certains logiciels on peut découvrir des choses qu'on a pas toujours en tête et qui donnent de nouvelles idées. Mais c'est avant tout un moyen.

Trois ans, c'est une évolution, une maturation dans une vie, est-ce que cet album c'est encore vous ?

C'est un bon test pour savoir ce qu'il reste, ce qui fait partie du tronc, qui ne changera pas. C'est vrai que les morceaux qui sont sur l'album aujourd'hui, il y en a certaines que j'ai commencé à écrire quand j'avais quinze ans., d'autres écrites trois mois avant la sortie de l'album. Ceux qui sont sur l'album c'est ceux que j'ai consideré qu'ils me suivraient, que je défendrai quoi qu'il arrive. Et qui n'allaient pas changer, forcément, parce que ça fait partie du plus profond de moi.

Bref retour sur votre parcours, comment les choses se sont passées ?

J'habitais Montpellier. Je suis partie d'ici après mon DEUG de musicologie, pour habiter à Paris. J'ai continué mes études là bas et en parallèle j'ai commencé à vraiment me mettre à la composition sur ordinateur. Avant j'étais plutôt piano-voix/guitare-voix et là je me suis retrouvée un peu seule à Paris. J'avais pas de groupe, il y avait personne pour m'enregistrer, pour m'aider. Donc j'ai décidé petit à petit de le faire toute seule. Parce qu'on est jamais aussi bien servi que par soi-même. Ca a commencé comme ça. Et au fur et à mesure mes petites chansons sont devenues des maquettes un peu plus étoffées, plus écoutables. Il y a des chansons que j'ai éliminée, d'autres qui ont évolué, et puis c'est arrivé dans les mains de maisons de disques. Jusqu'à ce que Barclay me dise qu'ils voulaient me signer.

Quand vous composez, l'esprit en voyage dans la tête, c'est juste une bande-son ou il y a aussi des images ?

C'est très flou. C'est des images, mais plus des couleurs, des sons aussi, même un mix. J'entends la profondeur des sons que je veux utiliser. Et puis des sensations. Des sentiments en même temps.

Quand vous êtes de retour sur Montpellier, c'est quoi la première chose que vous auriez envie de faire si vous pouviez le faire ?

Aller voir mes parents. Aller voir mon petit frère. Déjà aller voir toute ma famille ça me prends deux jours. Après aller boire un petit café dans un bar place Jean Jaurès ou sur la Canourgues, la Comédie... Voir mes copines.

C'est une peur pour vous, si cet album c'est vous, d'être défigurée par les arrangements, les mix ? Vouloir tout maîtriser ...

Biensûr. C'est normal. Quand on a envie de présenter le meilleur de soi-même et de donner aux gens quelque chose qui soit de qualité maximale au moment où on le fait, on se mouille, on prends des risques. On utilise pas forcément des recettes académiques qui ont fait leurs preuves, on choisi son petit chemin qu'il faut débroussailler. Donc évidemment il y a une peur . Mais le plus beau, la plus grosse peur pour moi ce serait de pas le faire. De pas arriver à faire un disque. Et ça c'est le plus beau cadeau, c'est d'obtenir entre mes mains mon premier disque. La peur elle est là, je suis à nu sur cet album même si il est très intimiste et assez pudique, il est complètement le reflet de moi-même. Mais c'est une peur qui est saine.

Vous avez démarré la tournée, les concerts. Si votre musique vous ressemble est-ce que votre public vous ressemble ?

Oui. C'est la même génération, je sens qu'il y a un curiosité, je sens qu'il y a un vrai intérêt et qu'il y a un échange qui se fait au niveau stylistique, au niveau des goûts, il y a quelque chose d'intéressant qui se passe.

Un son que vous aimez beaucoup et un son que vous détestez ?

Un son que j'aime beaucoup ? Je les aime tous. J'adore les bruits familiers. Les cafetières, les bruits de télés lointaines, les bruits de chaise, les rires... J'aime beaucoup. Mais j'aime tous les bruits en fait. Non je sais pas, j'ai pas de bruit qui viendrait me déranger. Non, parce que tout bruit après, retravaillé, peut être vachement musical.

Emilie Simon je vous remercie...

Merci beaucoup.