M'emparant de la promesse d'un savoureux visionnage, voilà que je déchante vite. La série de Lars Von Trier qui avait vu palpiter mes nerfs lors d'un été 1995 a été revisitée pour les téléspectateurs américains. Ou plutôt : saccagée. A ne pas confondre donc : nous parlons ici de du Kingdom Hospital du réalisateur danois, je ne vous conseille vraiment pas l'autre version, une telle mégarde fausserai vraiment le jugement sur l'oeuvre originale. Qu'est ce donc que cette série ? Une merveille de folie furieuse. Celle de Lars Von Trier, pas l'autre. Bonsoir, mon nom est Lars Von Trier. Si vous voulez en apprendre d’avantage sur l’hôpital et ses fantômes et voyager encore avec nous, soyez prêts à soigner le Bien par le Mal...

Imaginez : une ambiance campée par des lumières ocres sombres, du tamisé obscur, des couleurs sépias. L'ensemble de l'atmosphère est instauréer par des vues vaporeuses. Filmé à l'épaule, les plans sont vifs, incisifs, et la caméra frôle parfois le sol dans un mouvement quasi incessant, vibrant, agité. C'est qu'il y a de la nervosité dans cette série là. Au carrefour du fantastique et du glauque, du burlesque au macabre, L'Hôpital et ses fantômes ne ressemble à rien. Selon Lars Von Trier, les influences son quelques part entre Twin Peaks et Belphégor... C'est sûrement de la noirceur du trait qui hante les personnages, la folie feutrée des situations, les intrigues savoureuses d'un rien, que tout se joue comme un rêve sous nos yeux, avec une force qui se dilue, mille fois, dans la version édulcorée du Sud de Stephen King.

Il y a quelque chose de bizarre au Rigshospitalet, le meilleur hôpital du Danemark. Ici, la science est montée en épingle contre les croyances obscures, au sein même d'un lieu pourtant enfumé dans les brouillards marécageux.

Il fait nuit, vue plongeante sur l'hôpital, montré comme le béton rocheux dressé dans une arrogance technologique triomphante. Le jeune neurologue Krogschoy voit soudain s'évanouir comme par enchantement une ambulance maculée de sang qu'il avait aperçue un instant auparavant... Sur les écrans de surveillance des parkings, une vieille ambulance seventies, comme si le temps se remontait devant ses yeux. Ce n'est pas cette bizarrerie seule, mais des centaines de détails malicieux, des délires de monstruosités médicales comme on en ose peu à l'écran, des personnages pas vraiment beaux (voire forts laids), des relents de névroses dans un cadre austère à souhait. Les atouts de cette série, parmi les courses de voitures-brancards (ambulances) au milieu de la nuit, les projecteurs blafards, les narrations théatrales des employés de cuisine, c'est ce qui la rend tout simplement, avec toute la grandeur que devrait contenir ce mot, bizarre.

Lars Von Trier nous sert du bizarre, avec ses deux acteurs trisomiques qui égrènent des pensées philosophiques édifiantes, enfermés tout du long dans un sous-sol que l'on devine être les cuisines ou la laverie. Ils sont comme le machiniste du théâtre : toujours en coulisses. Ils sont les narrateurs, l'air éclairés, plus que les protagonistes en tous cas, qui tissent chacun leur propre mal.

Le professeur Helmer (le feu brillantissime acteur suédois Ernst-Hugo Jaregard), grand spécialiste suédois du cerveau, déteste par exemple les Danois. Répliques savoureuses en tous genre sur le théme d'un racisme de bon aloi (méconnu pour nous), Helmer jure mille saloperies sur les Danois : Ah, Suède de mon Coeur... Danois de mes fesses ! Ce qu'il déteste aussi, ce sont les simulateurs. Comme cette Madame Drusse, qui prétend être atteinte de tous les maux possibles et imaginables. Madame Drusse est un peu une vieille folle fana d'ésotérisme, qui se sent donc tout naturellement à l'écoute des fantômes de l'hopital... Avec son fils, énorme bonhomme infirmier au Rigshospitalet (vous ai-je dis que cet hopital existe vraiment ?) elle arpente les couloirs à la recherche des esprits qui hantent les murs...

L'Hôpital et ses fantômes est donc à l'origine d'une version niaiso-américaine adaptée par Stephen King et intitulée Stephen King présente « Kingdom Hospital » (Stephen King's Kingdom Hospital). Rien que ça. Prenez garde à ne pas confondre les deux versions : il y en a une, pour votre plus grand bonheur (probablement éternel), celle de Lars Von Trier, éditée chez Opening Vidéo . Je ne sais pas si je l'ai dis, mais le ton devait y être : L'Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier est un chef d'oeuvre. Vraiment.