image La guerre des blogueurs

blogo ergo sum !

L'apothéose de gesticulations en tous sens vient chatouiller notre été cramoisi d'une tranquillité pesante : il y a du clash en vue entre 4h18 et toute une clique de blogueurs pros qu'il me serait trop aimable de citer ici ...

Des petites piques entre blogueurs pour savoir qui a la plus grosse (audience) ou qui est le plus perverti par les agences de communication, ça ne date pas d'hier. Les calanques calendes grecques s'en rappellent comme de leur première chemise, c'est dire ! Depuis plusieurs mois pourtant, gronde une sourde colère dans les tréfonds de ce qu'il est maintenant mythique de nommer Les Internets ... un vent de révolte ? Oui ... mais pour dire quoi au juste ?

Auditoire, qui est le plus pro de la blogo ?

Voilà où nous en sommes : les gourous vendeurs de rêve nous refont le bon vieux coup classique de l'eldorado numérique où les dollars se ramassent à la pelle excavatrice automatique. Ils distillent des conseils affligeants de rusticité sur le ton de la confidence ... Cela dit ça ne date pas d'hier, il a bien fallu démocratiser le web d'une manière ou d'une autre. Pour apprendre, il y a deux manières de faire : essayer et progresser, ou déléguer son apprentissage en choisissant une valeur montante de l'économie exsangue : la formation !

C'est là qu'intervient le fond du problème : le public des blogueurs est constitué de braves gens qui veulent apprendre des choses pour les maîtriser, et ont bien souvent une idée derrière la tête. Cette idée, on ne va pas se le cacher, c'est de gagner un max de blé pour se payer la belle vie en sirotant des boissons qui font rire. Ou pisser, voir les deux. L'idée que l'on gagne bien sa vie avec un blog est d'autant plus répandue que la crise s'étale de tout son long sous les yeux émerveillés des banksters avides. Les petits boulots, l'argent facile : des promesses qui ont le vent en poupe un peu partout. Attention tout de même s'il y a trop de grain ... la tempête n'est pas loin.

Pour en revenir aux blogueurs, je distingue pour ma part plein de profils différents. Il y a les très bons techniciens comme Vinch ou Grégoire ; ceux qui manient bien les mots comme chez Sylvain ; ceux qui ont captivé leur public à la manière d'Éric ... et puis plein d'experts dans leur domaine qui font le délice de ceux qui se donnent le temps de les lire.

Mais pour faire plus simple et aller plus directement là où ça gratte, on peut quand même distinguer deux grands groupes : ceux qui écrivent en y pensant quand ils se rasent le matin, et ceux qui ne pensent qu'à ça, en se curant les aisselles. Un blogueur qui écrit avec ses tripes peut poursuivre plusieurs objectifs à la fois; il tisse des liens de forte camaraderie avec un peu tout le monde, il gagne en notoriété dans son domaine quand l'occasion se présente, il a plein de sujets de conversation autre que son propre média. C'est un des traits caractéristique de l'autre groupe : tout y est souvent présenté sous la forme de recettes à appliquer, un peu la tambouille nouveau cru du marmiton de l'e-reputation.

Du coup, c'est une pluie de conseils qui déferle sur les lecteurs de ces blogs à l'air anodins : un peu de développement personnel par ici, une bonne grosse dose d'individualisme par là, et toujours le même principe répété à l'excès : faites ce que j'écris, vous obtiendrez ce que j'ai. A savoir pour la plupart du temps : un sempiternel Wordpress installé à l'arrache avec un thème moche comme une pluie d'octobre, des commentateurs complètements lobotomisés qui lèchent chaque recoin de pixel, et des vacances spectaculaires dans un pays du tiers-monde où le soleil calcine la pauvreté à l'instar des neurones de vos fidèles lecteurs. Tableau désolant, pas vraiment celui de professionnels du marketing, un terme galvaudé à l'envi parce que pas vraiment clair dans la tête des gens.

Alors, qui est le plus pro ?

Oui, c'est là que la question se corse un peu, dans le sens où il faut bien trouver une acceptation consensuelle du mot "pro". Le fait de parvenir à convaincre des gens de suivre une formation dont les résultats ne sont pas tout à fait à la hauteur de l'état de l'art d'une discipline peut sembler être une réussite. Du coté des blogueurs "éditeurs" qui monétisent via Adsense, et donc un certain volume de trafic, rien à vendre "clé en main" : quelque fois du conseil auprès des entreprises qui souhaitent se lancer sur le web.

De l'autre coté, nous avons l'autre champ des possibles ; la vaste catégorie des blogueurs qui ont pour la plupart du temps un très petit trafic mais persistent en regardant l'autre versant de la blogosphère comme une bande de dépravés qui ne font rien qu'à s'amuser. La ritournelle est souvent la même : les français n'aiment pas la réussite, ce sont des jaloux, et surtout : restez groupés ! Quelque part, on ne peut pas leur en vouloir : je suis moi-même le premier étonné de la facilité déconcertante avec laquelle on peut nouer des relations de bons voisinages dans la blogosphère francophone. Ici pourtant, les deux camps s'affrontent autour de notions, on l'a vu, assez subtiles à cerner.

Défendre l'autorité de l'expertise

Tout l'enjeu est là : des blogueurs au long cours qui ont roulé leur bosse, surmonté des updates de Google à la sauce bestiole poilue, répondu à des centaines de trolls, décortiqué un courrier éclectique, tous ces héros de la blogo sont cantonnés par l'autre clan à des simples internautes lambda, affirmant que les blogueurs "pro", c'est eux et personne d'autre.

Pour caricaturer, ils ont appliqué à la lettre les conclusions des analyses des autres, et ont été directement à l'essentiel. Il faut donner pour recevoir ? Allez hop, prend donc mon e-book gratuit dans les dents ! Il faut commenter chez les autres blogueurs ? Va-y que j'organise avec une régularité helvétique mes séances de courtisan chez les potes. Nous sommes-là devant des blogs élevés aux hormones d'influence. En réalité, ils n'influencent personne, pas même les agences de relation presse.

En tant que consultant SEO il m'arrive régulièrement de travailler avec des équipes bien rodées en référencement, y compris à l'étranger ; en Allemagne dernièrement. Avec une vue large et non clanique de la blogo actuelle, le poids des années passées comme seule expertise valable, je n'ai pas de mal à identifier des blogs qui peuvent mener rondement une campagne. Mes clients aussi ne sont pas dupes ; les blogueurs qui s'autoproclament "pros" par le truchement de conseils poussiéreux ne font jamais partie d'une stratégie. La notoriété d'une marque n'oserait se frotter à leur réputation sulfureuse, et pour dire plus simplement : à leur manque de professionnalisme évident.

A mon avis, il est clair que les experts du dimanche comme les référenceurs illettrés ne vont pas disparaître comme cela sous le seul poids de la critique des légitimes. Suivant la polémique actuelle d'un œil distrait j'en tire souvent la conclusion que tout cela n'a pas de fin. Acteurs du web qui me lisez, il a du vous arriver maintes fois de vous faire éconduire à la place d'un apprenti tout droit sorti de l'œuf, le placenta encore dégoulinant sur son ignorance ? Franchement, nous n'en sommes pas mort, si ? Comme dans le e-commerce, il me semble au contraire que nous bénéficions de la "défidélisation" des entrepreneurs qui n'ont pas trouvé le bon prestataire. Partis en courant, il suffit de reprendre à zéro sur des bases saines et donner des objectifs réalistes à leurs projets. Ils sont parfois impatients dans le référencement, mais rares sont ceux qui s'entêtent éternellement dans quelque chose qui les mène à l'échec.

La stratégie de la visibilité

Toute cette prose poussive pour conclure que je plains l'internaute lambda. Dans la documentation extensive à l'infini qui promet la réussite, les bonnes positions, l'engagement des fans sur Facebook, la réussite du gâteau aux chips, il était déjà pas mal perdu. Désormais, il tombera de temps à autres sur des billets qui disent en substance que les uns disent des âneries ... De l'autre coté, des gourous qui affichent le silence d'or de ceux qui passent par les avocats ... sauce mexicaine. Chacun avec sa conscience, les blogueurs prennent parti pour un camp ou l'autre. Victime collatérale : le petit fermier du coin qui passe des heures à décrypter les bavardages des gens du web, à se demander si tout compte-fait le marché du coin n'est pas plus humain, d'abord.

Et si la solution passait par la transparence ? Qui fait quoi ? Où sont les résultats de tel community manager ? Quel site est positionné sur quel mot clé ? Quelle agence travaille avec qui ? Il me semble que nous en sommes arrivés au stade où la meilleure façon de montrer aux internautes que certains sont incompétents est d'afficher avec fierté sa propre compétence. Comme disait l'autre : seuls les résultats comptent !

Attention : cet article a été publié il y a 3 ans !