Bizarrement, je n'ai pas encore parlé de Google Plus sur ce blog pourtant censé refléter une partie du bruit ambiant de la geekosphère. Parce que, confusément, je n'avais rien à dire. Jusqu'à ce matin où je veillais d'un œil distrait sur un forum SEO bien connu de forme sphérique ... Les réflexions que j'en tire en sont d'ailleurs très elliptiques. Et là bas si j'y suis, on y causait des résultats personnalisés : le principe de base consistant à afficher des résultats différents selon que l'on est connecté via un compte Google ou non. Avec Gmail par exemple, ou, justement, le petit nouveau Google Plus et son bouton. Une fois reconnu par les gentils serveurs de Moutain View, toutes vos recherches n'auront plus le même goût qu'autrefois. Vous ne voyez donc pas du tout la même chose que l'internaute lambda : les résultats qui s'affichent vous sont désormais livrés exclusivement pour vous. Selon votre localisation, et pire encore : selon vos fréquentations !

Voilà l'idée : si vous demandez à trouver un bon restaurant moléculaire à Paris : vos amis peuvent très bien ne pas savoir du tout ce que c'est : ils peuvent avoir simplement "aimé" un lien juste pour la photo, ou parce qu'un de leur ami l'a lui-même aimé. Ou la tante Olga. Ou son chihuahua qui a ripé sur la souris. Bref : vous voilà à la merci de relations parfois confuses tant l'égo dans le web social consiste à faire des amis de tous bois. C'est nettement moins impliquant que de créer un lien sur un site pour affirmer sa préférence. L'engagement d'un "+1" ou d'un like est vraiment peu pertinent : les internautes aiment à peu près tout et n'importe quoi. Il suffit de regarder certaines thématiques follement édifiantes de quelques pages Facebook pour s'en rendre compte : l'action d'aimer n'est pas un acte fondamentalement réfléchi et pesé.

Si les algorithmes prennent trop en compte cela et que les pages de résultats se transforment en une vaste galerie des préférences de vos amis, on va droit vers un appauvrissement intense du web. Le jeu des référenceurs de tous poils fausse déjà grandement la valeur d'un site : le mieux placé n'est pas forcément le plus pertinent, car une belle campagne de netlinking bien menée peut amener n'importe quel site au firmament des meilleures positions ...

Le pire dans tout cela, c'est que la plupart des gens méconnaissent tous ces mécanismes : beaucoup ne se rendent même pas compte qu'ils sont poursuivis partout où ils surfent par des publicités gavées aux cookies qui leur servent des encarts pile-poil ciblés sur leurs précédents surfs. Mon intention n'est pas de crier au big-brother : ce n'est pas très important en soi. Ce qui m'alerte un peu plus, c'est l'évident appauvrissement des connaissances que tout cela préfigure. Si les seules portes d'entrée du web restent Facebook ou Google, la richesse de certains contenus risque bien de passer à coté d'un très grand nombre d'internautes. Les cercles recyclent et ressassent sans cesse les mêmes goûts, les mêmes urls, les mêmes vidéos ... Et même l'acte de rechercher devient en réalité chercher parmi les choix de mes connaissances ... Il est assez évident que dans certains domaines, l'expertise de vos amis est assez faible. Voire, osons la réalité bien en face : leurs connaissances sont aussi nulles que les vôtres pour certains sujets, et la fiabilité de leurs délires vous en a parfois coûté. Combien d'approximation ou d'erreurs cela peut-il entraîner dans notre jugement ? Hormis si l'on veut bien se fier au concept de l'intelligence collective et du crowdsourcing cher aux wikipedianautes, il y a quand même de quoi douter.

Et maintenant, à propos des cercles, vous savez-quoi ? Oui, vous l'avez compris : ça tourne en rond.