Et ce n'est pas vraiment une question que je me pose tous les jours. A vrai dire, c'est le camarade Eric Mainville qui initie cette problématique sur fond de chamaillerie idéologique profonde. Courrez lire son billet et sa revue de liens, puis revenez me voir par ici. Voilà : ça cause du Huffington Post en VF et de la polémique qui fait rage sur le sujet des blogueurs gratuits ... les contributeurs zélés en mal de visibilité. Il est certain qu'en tant que référenceur je dispose d'une certaine expertise qui me garanti, à travers ce blog, une certaine quantité de lecteurs. Je n'ai pas à me plaindre et ne peut donc pas tomber dans ce deal de la visibilité en échange de la gratuité. Avoir son propre média personnel est un atout qui m'est très précieux. Ce n'est pas le cas pour tous les débutants sur la blogo, et c'est parfois aussi le désert pour d'autres plus acharnés. Cela dit l'argument majeur dans toute cette affaire tient bien du sens premier de nos motivations personnelles. Bloguer, pour faire quoi ? Pour gagner des sous ou pour partager ? Pour satisfaire son égo ? Pour apporter des idées ? Il existe des tas de profils du blogueur et il existe même, malgré que cela fasse rager bien des gens, un profil minimaliste du journaliste.

J'aime souvent à le rappeler ici : j'ai été journaliste pigiste de nombreuses années. Sans carte de presse car j'étais aussi aux études en parallèle de ces belles expériences de presse. Donc, selon la réglementation d'usage en France ; je n'étais pas un journaliste pro à part entière mais bien un reporter pigiste ... Une nuance qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde. En Espagne, aux États-Unis, un journaliste c'est la personne qui rapporte des évènements, comme il le souhaite, et sans conditions de diplômes ou de revenus. Et revoilà notre sujet de départ qui revient au grand galop : si partout il suffit de s'exprimer et apporter son point de vue pour entrer dans la catégorie des médias, alors pourquoi différencier les blogueurs des journalistes ?

La réponse, beaucoup de journaleux de l'hexagone vous la donnerons : ils sont l'objectivité même, ils font des enquêtes, ils travaillent pour la vérité. Pourtant, on a vu à maintes reprises que c'est faux. Le bidonnage est fréquent, les prises de position complétements subjectives, et bien des éditorialistes par définition engagés ont droit au fameux sésame de la carte de presse ... alors quid ? Le concept et le fonctionnement même des déjeuners de presse, invitations et autres attachés en tous genres démontre bien qu'il suffit de flatter pour faire parler. Bref sans vouloir en rajouter une couche qui pique : les travers des blogueurs jugés pas fiables et intéressés se retrouvent à l'identique dans la presse. Qui n'en fini pas de s'agripper à ses beaux restes, la vaste notoriété qui lui reste encore auprès du grand public. La recette est alors simple : discréditer internet le plus souvent possible, souligner avec avidité toutes les failles de la blogosphère, terroriser le public lambda sur les dangers des réseaux sociaux et du dérapage qui se cache au coin du buzz.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que cela répond aux deux sujets qui nous occupent, pardi ! Le fait que le Huffington Post se permette de ne pas rémunérer des blogueurs part du principe que leur prose n'est pas considérée comme étant sérieuse, comme je l'ai raconté quelques lignes plus haut. Enfin, je tente ici quelques tâtonnements pour dessiner le portrait du blogueur dans sa globalité. Ce que nous avons tous en commun, le dénominateur le plus universel de la condition humaine : la capacité à s'exprimer. Pour qui et avec qui est une autre paire de manches que je laisse volontiers sur le bord de la planche à repasser pour le moment ...

Voilà donc où j'en suis de ces quelques pensées. Le débat est loin d'être neuf et mes idées pas forcément révolutionnaires ; c'est mon éclairage personnel, avec une petite dose d'expérience. Soit tout de même quinze ans de ma vie à relater des faits, relayer des idées, des manières de faire et de voir le monde. C'est exactement la définition que j'ai voulu apporter à ma manière chez Eric via mon commentaire sur son questionnement : pour moi le blogueur c'est le lien entre une idée et un cerveau ... et pour vous ?