Il y a d'abord le lieu, qui vous campe une ambiance en quelques petits mots savamment parsemés. Les endroits où l'on s'invite vous le chantent sur tous les tons, on est bien en pleine Espagne des Ramblas. Son agitation, sa gouaille méditerranéenne, ses atmosphères glauques aussi.

Sa discothèque madrilène, le Planeta X, où travaille Cristina. C'est la cadette du trio et de loin la plus éméchée. Elle croque les hommes comme l'ecstasy, se défonce quand elle veut et tente de noyer le désespoir qui la ronge. Cherchez le mâle... Directrice financière bien dans ses hauts talons, Rosa est celle qui semble la plus blindée. Pas de pitié pour les hommes, pas de place pour l'amour, tant que son disque dur fonctionne elle reste à peu près tranquille. Enfin Ana, la fée du logis, mariée et mère exemplaire, passe ses journées à soigner sa petite famille avec cet affairement qu'elle a aussi pour repasser les rideaux ou laver la moquette.

Au fil du récit, chacune de ces petites vies va se découdre. Le doute s'installe dans les esprits depuis qu'Ana passe ses journées à pleurer. Un roman triptyque et sardonique, délicieusement mordant, qui nous emmène au cœur de la société espagnole de l'après movida. Chacune des trois femmes s'interroge sur le passé, leur passé, cette époque où elles vivaient sous le même toit mais déjà pas sur la même planète. Les jalousies se font jour, les admirations aussi, l'incompréhension souvent de trois êtres qui sont autant d'autres.

Portraiturée avec un humour épicé et cru, chaque sœur a son propre rythme de lecture, son propre phrasé dans le récit. Un chapitre s'ouvre sur une identité différente à chaque fois, que l'on retrouvera plus tard, un peu plus affinée encore. Les tableaux se précisent, les images se recoupent, les couleurs se diluent entre elles. Reconstruction au gré des pages de vies humaines éclatées.